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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 10:19

 

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Cet article est la suite directe du précédent intitulé « Gabin ». Il est la suite plus prosaïque, basique, matérielle de notre petit Gabin, la fin de son corps, sa suite terrestre. Gabin doit passer, pour ne pas finir bouffer par les vers, de l’état de carcasse morte à celui de symbole éternel, inodore et propret, de sa présence parmi nous.

D’aucuns se satisfont d’un trou au fond du jardin, de quelques géraniums plantés chaque année, d’une plaque, d’une photo, chacun son truc, tout cela est affaire de sensibilité, de possibilité, de priorité, de finances et de convictions religieuses ou laïque. Il en est même qui feront incinérer leur « cher et tendre trop tôt disparu et jamais remplacé » avec d’autres, chats dits de gouttières, chiens dits errants, pigeons voyageurs ou hamsters sédentaires. Les cendres de l’être cher seront dispersées sait-on où. Tout est possible.

Quand un animal meurt on fait comme on peut, comme on le sent, parfois avec le temps on se dit qu’on s’est planté, ça arrive, ça m’est arrivé, mais le pire est fait, ce n’est plus qu’une phase symbolique, essentielle mais symbolique, qui n’est pas à sa place, pas en phase, pas juste, indigne. Il en est qui tourne la page.

Le mal est fait. La mort est passée.

Pour ceux qui ne sont pas fanas de la bêche, ne sont pas les heureux propriétaires d’un jardin, ont une aversion pour la mise en terre le choix n’est pas vaste : C’est l’incinération.

Gabin est décédé à la maison, dans mes bras, lové comme lors de nos grandes séances de câlins. A jamais dans mes bras.

A mon age on a une certaine expérience de ces « choses là ». Je veux le mieux pour mon petit chéri. Internet me remémore le nom et l’adresse du centre qui a incinéré le dernier de nos titis à nous avoir quitté.

A l’époque ce crématorium venait d’ouvrir. Nous avions nous même emmené Snoopy, l’avions vu mettre dans le four, disons jeter, je me souviens très bien de ce jour et du geste mécanique du type préposé aux basses œuvres. Minable, sans cœur, primitif et bêta. Un con. Bref, malgré un manque de compassion patent le travail avait été fait sous nos yeux et relativement « proprement », quoique je ne vois pas vraiment ce que je peux mettre sous ce vocable qui s’impose néanmoins.

J’appelle donc ce centre qui se situe à quelques kilomètres de notre domicile.

Une personne me répond qu’il est tout a fait possible d’accueillir mon fiston. Je dois en priorité aller chez mon vétérinaire remplir une convention d’incinération et, munie de ce sésame officiel, prendre ma place dans la file d’attente, car il y a file d’attente. Je me fous de sa convention, la dernière fois je suis arrivée les larmes sur le tableau de bord, le cœur dans le coffre et mon chien sur le siège arrière, sans convention, sans autorisation pompeuse, sans tralala, sans faux semblants et tout s’est bien passé .

Ma question est quand ? « Dans cinq jours » me répond la voix suave. Cinq jours ? Mais que je me rassure : je peux déposer Gabin au centre qui se chargera de le mettre au frais en attendant les affres calorifères de l’enfer.

Tout en essayant de garder mon calme -ceux qui me connaissent savent le boulot que cela représente- je précise à la courtoise et nonobstant glaciale standardiste -je l’imagine sous-payée et mécanique- que je trouve sa proposition « sentimentalement irrecevable ».

Que cela fasse rire les couillons ou pas mon bébé Gabin est mort il y a moins d’une demi-heure, il est à cet instant dans les bras de Danièle et je ne peux envisager de le déposer, oserais-je dire froidement, dans un frigo, si ce n’est un congélo, d’une zone industrielle entre une fabrique d’escargots au beurre et une multinationale du pansement. Présentement mon petit n’a pas vocation à se rafraîchir vers les extérieurs.

Après m’avoir expliqué que son centre fait désormais partie d’un groupe nationalement reconnu par les vétérinaires, à la gestion très pointue, qui en douterait après sa proposition, mon interlocutrice de plus en plus froide me répond :

« Nos planning d’incinérations individuelles sont complets jusqu’à la date que je viens de vous indiquer ».

Je lui demande naïvement si un autre centre de son groupe national si organisé pourrait prendre en charge Gabin.

« Demandez à Château Gaillard il auront peut-être une place ».

Ce patelin est à plus de deux cent bornes de chez nous, pourquoi ne pas me proposer les bords du Gange et le kit complet bouddhiste avec bois flotté et crevards en sari qui alimentent les flammes ?

Je quitte sans heurts, non sans violence rentrée, non sans une envie pressante de crier « Merde » la voix glacée et formatée.

Les circonstances ne s’y prêtent pas vraiment mais je réfléchis un peu.

Il y a biens des années, au siècle dernier, nous avons vécu un drame en perdant un petit chat d’un an. A cette époque pas d’ordinateur, pas d’Internet : juste un annuaire et les renseignements. Un centre situé à soixante kilomètres nous avait accueilli gentiment un jour férié. Je cherche et je trouve : le centre existe encore : Socrepac, Crissey (71). La personne –vivante, humaine, pas des manières d’aujourd’hui- que j’ai au téléphone me donne un rendez-vous… une heure et demie plus tard. Le temps d’arriver.

 

Un homme nous attend à l’entrée de son petit établissement. Humble comme son bâtiment, son chien courant autour de lui avant d’en faire autant autour de notre voiture, il affiche un sourire discret et avenant. L’accueil est chaleureux, non feint, humain, sobre, se tenant précisément à la hauteur du drame que nous vivons.

Philippe Pussey est un homme simple dans le plus noble sens du terme, pas de chichis, pas de provoc non plus, pas d’esbroufe, pas de long discours convenu et diplomatique. C’est un homme de convictions qui fait son boulot du mieux du monde, un homme qui bosse pour gagner sa croûte et  aime se regarder le soir en savourant le service rendu, l’aide apporté, le coeur mis à l’oeuvre.

Philippe Pussey nous explique le processus complet, nous dit que nous pourrons, si tel est notre choix, assister à toutes les phases de la crémation. Sans tabou.

Avant de débuter il nous laisse le temps de nous recueillir, de faire un dernier bisou, un dernier câlin, de verser une énième larme.

Nous disons définitivement adieu à Gabin sous son enveloppe charnelle.

Passons sur les détails qui peuvent heurter ceux qui ne voient que les versants gais de la vie.

Une heure et demie plus tard nous repartons les cendres de Gabin réunies dans un joli petit galet aux couleurs de son poil. Nos cœurs sont déchirés, nos esprits  apaisés.

Je pourrais terminer cet article en vous conseillant simplement d’aller tous chez Philippe Pussey et sa femme, je le fais, mais je n’occulterais pas ce que nous avons appris ce jour là, dans ces circonstances là.

A chaque jour suffit sa peine : La suite dans l’article suivant.

 

Par Léonard - Publié dans : Haridelle et Compagnie - Communauté : Défense Des Animaux
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